un article de H.Jordan dans la revue Documents, avril 2008
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blog de Pierre Assouline (Le Monde), février 2008
La république des livres
Fendre la mer gelée en nous
S’il y a un art de la revue, ceux qui font La mer gelée sont passés maîtres. “Un livre doit être la hache qui fend la mer gelée en nous” écrivait Kafka en 1904. Y a-t-il eu plus puissante injonction lancée au lecteur ? Il faut croire que cette revue bilingue franco-allemande s’y emploie deux fois par an à l’égal d’un livre. Tout y est remarquable : le papier, la typographie, la mise en page, les dessins, les thèmes et, le dernier mais pas le moindre, les textes. On dira que c’est plutôt avant-gardiste même si cela ne signifie plus grand chose. Disons que son niveau d’exigence ne souffre guère de compromis, surtout dans sa conception radicale de la critique littéraire.
Le nouveau numéro s’articule autour du thème des marges et regroupe notamment (dans les deux langues sur deux colonnes cote à cote) des fictions inédites d’Elfriede Jelinek sur la peur (Vous pouvez parler !),de Jean-François Magre (Rentrons, Damien), de Monika Rinck (Que font les femmes le dimanche ?) et de Christian Prigent (Adieu). Le prochain numéro de La mer gelée à paraître en juin sera consacré à Berlin Alexanderplatz(1929) et révélera quelques mois avant sa parution chez Gallimard le travail d’Olivier Le Lay pour sa nouvelle traduction du grand roman d’Alfred Döblin.
remue net, février 2008, Fabienne Swiatly
remue net
La mer gelée | à la marge
La mer gelée – n°5
À la marge / Randgänge
De mai à juin 2007 la revue La mer gelée a organisé des lectures bilingues à Berlin et Paris. Dans le numéro 5 de la revue, elle nous offre un échantillon de ces textes en double lecture : allemand et français. Une revue riche pour tous ceux qui voyagent entre les deux langues et s’intéressent au difficile exercice de la traduction. Dans ce numéro, auteurs connus et moins connus juxtaposent leur texte à la marge du monde. De leur monde. Soulignons l’efficacité de la nouvelle maquette, sobre et aérée qui offre un bel équilibre entre textes et illustrations.
Article en forme de sommaire bilingue :
Sie haben gut reden ! Vous pouvez parler, martèle Elfriede Jelinek – et j’exige que l’expression soit une arme contre ma peur, oui, parfaitement … Ich fordere Ausdruckwaffen gegen meine Angst ja, genau…
Le jeune Jean-François Magre ose un texte cru comme un éclairage au néon : rien ne me rappelle que je viens de jouir, je ne distingue plus qu’une pauvre chose sauvée de l’asphyxie qui s’abîme dans la pénombre de mes cuisses. Nichts erinnert mich daran, dass ich gerade gekomment bin. Ich Nehme nur ein erbärmlisches, vor dem Ersticken geretetes Ding wahr, das sich auflöst im Halbschatten zwischen meinen Schenkeln.
Une longue phrase jusqu’à l’essoufflement de l’en dessus et l’en dessous pour Monika Rinck qui interroge was machen die Frauen am Sonntag ? Que font les femmes le dimanche ?
Pièce de théâtre à partir d’un fait divers Der Kick, Le flash. Histoire d’un jeune torturé et tué par trois autres jeunes dans une petite ville à 60 km de Berlin. Potzlow ist ein ganz normales Dorf. Wir haben hier einen Taubenzüchterverein uen eine Freiwillige Feuerwehr. Vor ein paar Jahren sind wir zum schönsten Dorf Deutschlands gewählt Worden. Potzlow est un village tout à fait normal. Ici, nous avons une association d’éleveurs de pigeons et un corps de pompiers volontaires. Il y a quelques années, nous avons été élus plus beau village d’Allemagne.
Antoine Bréa propose un extrait de son roman Méduses , Medusenhäupter : La maison était veille ce jour-là et dévastée de mon enfance. La maison était pâle comme de l’air et respirait difficilement. Das Haus war alt an diesem Tag, von meiner Kindheit verwüstet. Das Haus war bleich wie die Luft und atmete schwer.
Au paradis de Ann Cotten, im Paradies : et puis meurt ce pour quoi l’on était venu, que ce fût espoir ou merde, tout est désarticulé en rouge rouge rouge et tenir. Und dann Stirbt das, weswegen man hergelaufen war, wars Hoffnung oder Beschissenheit, alles ist aufgelöst in rot rot rot und stehen.
L’inconcevable de Elke ERB, das Unbegreiflich, l’idée / c’est qu’on meurt / aspiré par un trou tourbillonnant – happé ! -, der Gedanke/ ist , dass man stirbt - / hin in ein Strudellocht – fort - ,
Pour ceux qui connaissent bien l’écriture de Christian Prigent, ils imagineront volontiers la difficulté à traduire ses textes sans perdre le rythme singulier de sa voix. Avec le choix judicieux, ici, de ne pas reprendre les majuscules des noms communs comme le veut la syntaxe allemande : Repique-le , ton nez, au ras du guidon : t’es seul sur ta selle dans le raidillon avec du goutté partout sur ta peau, le pire c’est le ru qui te coule des yeux. Allons, pousse allure, lève cul de la selle, fais genre bonne figure à l’humanité qui vaque en trottoir. Und du, beug die nase über den lenker : sitzt eh allein im sattel auf diesem steilen stück, aus allen poren schweiss und am schlimmsten rinnts aus den augen. Los, leg noch nen zahn zu, heb den hintern vom sattel, mach gute miene zur menschheit die auf dem bürgersteig zugange ist.
La revue annonce pour le mois de juin un numéro consacré à Berlin Alexanderplatz autour de l’œuvre d’Alfred Döblin et l’inoubliable adaptation filmée de Rainer Fassbinder. Rendez-vous est pris.
Le matricule des anges, mai 2007
http://www.lmda.net/
Thalassothérapie
Ce qu'il y a de bien avec La mer gelée, c'est son côté pluridisciplinaire : le numéro 3 avait donné le ton, entremêlant les poèmes expérimentaux du toulousain Serge Pey sur la torture électrique à des entretiens à la lisière de la sociologie sur les effets dévastateurs de la prison dans la constitution identitaire. En quelques pages donc, le lecteur voit défiler articles critiques et cahiers de création, prose et poésie. C'est que la revue franco-allemande a pour vocation le rassemblement. Fondée en 2000 à Dresde, elle s'est d'abord développée uniquement sur internet dans le but de favoriser l'échange de textes entre allemands et français. L'ensemble des écrits présentés dans La mer gelée est traduit dans les deux langues, comme s'il s'agissait de créer un patrimoine culturel commun - un espace intermédiaire où la langue n'est plus une barrière. Passée sur papier en 2004, la revue poursuit son entreprise de réunification (sans mauvais jeu de mot) artistique. À ce jeu là, le dernier numéro s'en tire avec les honneurs, tant le champ d'investigation y est important. Les illustrations de Michael Kutsche sortent pourtant du lot, par la consistance outrancière de leur réalisme et l'imagologie corporelle tourmentée qu'elles mettent en scène. De corps toujours il est question à travers l'essai philosophique de Jean-Pierre Faye sur le concept fondamental " d'activité de noyau " chez Bataille. Et à chaque fois, d'un article à l'autre, la même aura sulfureuse - ce je-ne-sais-quoi d'alternatif. Un non-conformisme qui se retrouve dans l'édito dont l'allure pittoresque rappelle la narration des vieux films de l'âge d'or du cinéma. Tel est donc le pari réussi de ce nouveau support résolument moderne, qui semble enfin avoir trouvé sa formule et son format. Voici donc une quatrième mouture concluante qui laisse augurer de bonnes choses pour la suite.
Benoît Legemble
Blogue Cie du Quartan, mai 2007
Le Quartanier
Vient de paraître en France et en Allemagne le numéro 4 de La mer gelée, revue de création et de critique salutairement farouche. Cette revue bilingue français-allemand a le mérite d'assembler des sommaires thématiques imprévisibles, qui traitent et débordent le thème tout à la fois, par indiscipline et désinvolture plus que par choix ; cela la rend nécessaire et impulsive, la gardant de toute forme de raideur esthétique. Avec le numéro 3, dont je reparlerai en même temps que du numéro 4, l'équipe a redesigné format et maquette, améliorant aussi la qualité du papier et de l'impression, sans rien perdre de sa sobriété graphique DIY, de son caractère brut. À découvrir, à lire, à soutenir, à critiquer, et pas seulement parce qu'on y retrouve les auteurs Quartanier Arno Calleja, Antoine Brea, Gilles Amalvi ou Alban Lefranc (qui codirige La mer gelée) : des revues animées par un vrai désir de littérature, imparfaites et intempestives, libres de la monotonie des revues qui durent par habitude, et libres aussi de la lourdeur déclamatoire de celles qui promettent plus qu'elles ne font, il n'y en a pas tant que ça. En voilà une.
Quant au sens de son nom, La mer gelée, vous demanderez à Kafka : pour toute réponse, avec sa hache-littérature, il fendera quelque chose en vous. - Éric de Larochellière
Interview (MP3, 6MB) - RFI Allemagne, juillet 2006
La gazette de Berlin, juin 2006
LePetitJournal.com, février 2006
LITTERATURE - La mer gelée dégèle les textes en bilingue !
La mer gelée est une revue bilingue et pluridisciplinaire née à Dresde, en 2000. Son collectif littéraire réunit des auteurs français et allemands qui manient les images comme les mots entre Dresde, Paris et Berlin
Les auteurs pratiquent la création littéraire comme la critique de cinéma, la chronique d’architecture en passant par la nouvelle. Ils utilisent aussi la vidéo, la poésie et tracent des ponts entre les images, les mots et les langues. Cinq numéros sont déjà en ligne, à l’adresse de La mer gelée : http://www.lamergelee.org où une centaine de textes sont en libre accès.
Une rédaction polyglotte et touche à tout
Trois villes servent de point d’accroche aux auteurs animateurs et coordinateurs de la Mer gelée : Paris, Berlin et Dresde. Mais la souplesse du net leur permet d’avoir des textes en provenance de Madagascar ou du Canada.
Alban Lefranc, responsable de La mer gelée sur Berlin organise aussi des lectures, souvent à AREAL 28. On a ainsi pu écouter samedi soir, une lecture du poète Serge Pey.
Enchaînement de festivals.
En 2004, les mêmes initiateurs ont créé un festival à Dresde, qui relie photo, vidéo, film et danse. Avec le corps pour thème. Le deuxième festival s'est déroulé l'année suivante à Paris, rue de l’Echiquier, dans le bar "Au dixième". On pouvait y contempler une exposition tournante de photos, écouter des lectures par des comédiens, souvent mises en musique par des groupes comme Moloï Trio, Faudil de France, ou accompagnées de projections, le tout en allemand et en français. Les auteurs s'attachent aussi à faire connaître des éditeurs, comme Verlag im Wald, dont la spécialité est de traduire la poésie. Une noble tâche !
S.P. (LPJ - Berlin) 8 février 2006
http://www.lepetitjournal.com/content/view/3812/1030/
Le mensuel littéraire et poétique, Bruxelles, janvier 2006
La mer gelée, édition spéciale
Née en l’an 2000 sur le Net, La mer gelée publie ponctuellement des livraisons sur papier, le plus souvent associées à diverses manifestations artistiques. Revue bilingue, elle circule entre Dresde et Paris. Sous le titre beau travail, ce numéro spécial parut à l’occasion d’un festival (photos, films, performances…) organisé dans un bar parisien en avril-mai 2005. On y découvre surtout des textes en prose, extraits d’ouvrages déjà édités ou textes inédits. La mer gelée s’intéresse s’intéresse moins à la poésie, lui préférant des incursions dans les arts plastiques, le cinéma, la photo etc… La théorie n’est pas en reste, comme l’illustre ici le texte « sexe et philosophie » co-signé par Dot Kwek et Robert Seyfert. On pourra lire aussi des extraits du livre d’Alban Lefranc – co-animateur de cette revue – : attaques sur le chemin le soir dans la neige, biographie romancée du cinéaste allemand Rainer W. Fassbinder. Voir encore la brycomanie de Maja Linke, les travaux sur la lumière de Matthias Seyfert, la bande dessinée ANPE de Dirk Lange… En dressant ainsi une passerelle entre l’Allemagne
et la France, La mer gelée contribue à entretenir de fructueux échanges qui, n’en doutons pas, participent à leur manière du dégel de l’Europe culturelle. Une brèche ouverte peut en provoquer d’autres. N’hésitez pas à vous y engouffrer. Pour la visite du site, tapez www.lamergelee.com. Entrez, c’est ouvert.
Micro-Cassandre n°14, juillet 2005
SORTIE DE ROUTE
Le festival franco-allemand du coin de la rue
C ’était dans bar parisien (Au Xème, 22 rue de Mazagran) du 28 avril au 4 mai 2005, et c’était un festival. Un festival ? Dans un bar?
Oui, dans un bar ; un vrai festival. On y a entendu des lectures (entre autres, des extraits de Histoire du jeune homme bouleversé en marche vers la totalité du réel de Ludovic Bablon) et trois concerts ; on y a vu des films ( Nuit , de Linda Siegismund – 20 min), de la danse aussi, et quatre photographes…
On peut faire des festivals partout, ici un festival franco-allemand organisé par la revue et le site franco-allemand La mer gelée – et sans demander de subventions qui plus est…
Ce festival est le deuxième du genre. C’est à Dresde, en septembre 2004, à la Blitzgalerie, qu’a eu lieu le premier : danse, films, lectures. Il y en aura un troisième, en 2006, à Berlin ou à Paris.
Le désir est de faire connaître son travail (les textes lus sont extraits de la revue, et les thèmes abordés – « Beau travail »; « Mon corps » – sont ceux des derniers numéros) mais aussi de faire découvrir aux allemands, aux français, des écrivains et artistes français, allemands – sans d’autre rapport avec la revue que la curiosité de ses animateurs, leur propre travail de découverte.
Pour le plaisir et les surprises d’entendre dans les deux langues, de les entendre se chahuter, se mésentendre, s’écouter l’une l’autre. Une volonté de bilinguisme qui implique traductions réciproques, sous-titrage, présentations croisées, publication en deux colonnes et de multiples astuces visibles sur le site http://www.lamergelee.com
Au-delà des discours ronflants sur l’amitié franco-allemande, aucun soutien ou reconnaissance des organismes officiellement chargés des relations entre les peuples…
Pourquoi pas de subvention ? Pas vraiment une position de principe. Simplement, le temps dont on dispose on le consacre à faire ce qu’on décidé de faire, et on ne demande d’autorisation à personne.
Il faudrait élargir le constat ; des photographes disent que n’est pas dans les galeries de photo que ça se passe ; des écrivains lisent des œuvres de collègues en appartement, dans des bistrots qui leur offrent l’hospitalité aux heures d’affluence, dans une cave à jazz, voire dans un Tunnel ; et c’est aussi ainsi que vit pour une bonne part le slam, et la musique ! Et ainsi de suite.
Tout critique qui se respecte devrait rendre compte du travail fait par de tels collectifs, non ?
Il va falloir réfléchir sur les critères et mécanismes de la découverte, de la reconnaissance…
Laurent Grisel
Programme complet : http://www.lamergelee.com